Par Domitille Blanc Tavernier - Modifié le 9 mai 2022


Qu'est ce que la spiritualité ?


Quelle est la différence entre religion et spiritualité ?


Le terme "religion" détient plusieurs racines étymologiques (latines) : religare, qui se traduit par "relier", "attacher", et qui signifie par extension "se relier à Dieu, au divin, à une réalité transcendante" mais aussi à se relier à soi-même, aux autres, à la nature ou à l'univers ; et relegere, qui signifie "relire" et qui se place dans la perspective d'une nouvelle lecture.

Le concept de spiritualité, quant à lui, vient du latin ecclésiastique spiritualitas et renvoie à la notion de "souffle, d'esprit". Elle est liée, en Occident, à la religion, à la relation de l’être humain avec son Dieu et au salut de son âme. Elle désigne également la quête de sens, d’espoir, ou de libération. Le chrétien retient le mot Esprit. Nul ne peut revendiquer le monopole de l’Esprit, pour les chrétiens qui sont baptisés d’eau et d’Esprit. « Le vent souffle où il veut » (Jean 3,8).


Qu'est-ce que la spiritualité chrétienne ?


La spiritualité peut être religieuse, c'est-à-dire conçue au sein d'une tradition religieuse comme le christianisme (on parle alors de spiritualité chrétienne), mais aussi areligieuse, comme c'est le cas aujourd'hui pour les spiritualités alternatives qui émergent depuis plusieurs décennies en Occident. La spiritualité chrétienne est un chemin de foi qui ne peut être vécue sans la prière fidèle à l’Écriture, mémoire de l’histoire du Peuple que Dieu ne cesse de rassembler, de sauver et de nourrir en Jésus-Christ.

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Quel est le but de l'expérience spirituelle ?


La spiritualité n'est pas limitée à une démarche conceptuelle ou dogmatique. L'expérience spirituelle, ou expérience mystique, est indissociable de la démarche intellectuelle par la recherche d'intériorité, de dépassement des limitations de la condition humaine, ou de connaissance de soi, de sagesse, de transcendance. La spiritualité peut parfois aboutir à des démarches corporelles, émotionnelles et mystiques.

Pour certains, le but de la spiritualité est une exploration profonde de l'intériorité, conduisant à l’éveil spirituel, une conversion intime.
 

Les différentes pratiques spirituelles


Différentes pratiques spirituelles sont liées à la pratique religieuse : la méditation, la prière, la lecture de textes sacrés (lectio divina), l’audition. Le travail manuel ou intellectuel, l'écriture, le chant de musique sacrée, les secours aux nécessiteux, la réflexion, l’engagement dans la société sont autant de pratiques considérées, par l'Église, comme des pratiques favorisant l'expérience spirituelle.

Un recueil aux Éditions Facultés Jésuites de Paris, interroge : qu’est-ce qu’une spiritualité chrétienne ? À quelles conditions, la « descente vers la profondeur » peut-elle nourrir une foi plus juste ? Il évoque la quête spirituelle, même la plus personnelle, qui questionne et reprend inlassablement la réflexion théologique, car, au cœur de la foi, la rencontre de Dieu est ce qui met en marche vers Lui et vers l’autre (Christoph Theobald). Peuvent alors s’énoncer quelques critères fondamentaux d’une spiritualité chrétienne aujourd’hui (Bernard Forthomme) : l’accessibilité (dans l’audace filiale), la norme évangélique, la résurrection critique qui met en crise toutes nos complaisances avec la mort, l’affranchissement (dans une vie enracinée intérieurement), la voie de la vie et de la vérité qui atteste en Église. Mais en deçà de cette diversité des approches et des langages, se donne à sentir une même attention à l’homme d’aujourd’hui, de chair, de sang et d’esprit, qui tâtonne pour trouver une vérité, un salut, un dynamisme qui donne sens à sa vie. (coll. « Les Rencontres du Centre Sèvres », 2012)


Quels sont les différents courants de la spiritualité chrétienne ?


La spiritualité diffère selon les courants spirituels. Pour les chrétiens, dès la Pentecôte, la manifestation de l’Esprit se fait en toutes langues. Elle va l’être tout au long de la tradition chrétienne, par la diversité des dons de l’Esprit, créateurs de courants, de familles spirituelles.

Pour faire école, un courant spirituel chrétien s’appuie sur des critères précis ; l'accent mis sur un point de la vie chrétienne qui donne une cohérence d’ensemble à la démarche spirituelle ; une manière de prier et d’approcher la mission ; des éléments de pédagogie spirituelle ; un choix de textes bibliques préférés ; et l’enracinement dans une expérience spirituelle personnelle forte et déterminante.


La spiritualité érémitique


Parmi ces courants, on note les plus anciens : la spiritualité des ermites. Dans cette spiritualité d’exception, l'ermite quitte tout bien terrestre pour ne penser qu’à Dieu : ascèse, pénitence, pauvreté, obéissance, vie effacée enfouie dans le silence de la solitude qui devient plénitude. Ses grandes figures vont de saint Antoine (251-356) à la chartreuse de saint Bruno (1035-1101). Les Chartreux sont des ermites avec une part de vie commune. Aujourd’hui, les Petites Sœurs de Bethléem sont des ermites.


L'ordre bénédictain


La spiritualité monastique s’institutionnalise ensuite. Née en Gaule date de 361 avec la fondation de Ligugé par saint Martin, elle se développe avec saint Benoît, en 529 qui établit une règle de vie en monastère. Celle-ci s’impose progressivement en Occident au IXe siècle. Saint Bernard de Clairvaux au XIIe siècle est l’une des personnalités qui a le plus marqué l’ordre bénédictin. Le XIIe siècle, période de renouveau économique, est également caractérisé par une effervescence religieuse.


La mystique chrétienne


Une nouvelle soif de Dieu s’empare d’hommes et de femmes de conditions sociales et d’âges différents. Certains inaugureront de nouveaux chemins spirituels au sein de l’Église ; c’est la spiritualité des mystiques. Un des plus originaux sera le béguinage.

Parmi les grandes figures spirituelles : Hildegarde de Bingen. Maître Eckhart, dominicain (1260-1328), a centré son message sur « Dieu vient habiter en nous ». Son œuvre a posé les fondations philosophiques et théologiques.


Les ordres mendiants 


Autre courant, la spiritualité des ordres « mendiants » que le XIIIe siècle voit naître à l’initiative de saints François d’Assise, Dominique, Thomas d’Aquin et Bonaventure. Ces ordres mendiants prônent un retour à un esprit de pauvreté et à la fraternité des origines.

On trouve les dominicains ou frères prêcheurs, les franciscains ou frères mineurs, les clarisses. Ils quittent le cloître et font du monde à la fois le lieu de leur vie consacrée et le champ de leur mission.  

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Les jésuites


La spiritualité ignatienne est née d’une expérience spirituelle que fait en 1522, Ignace de Loyola et qui oriente sa vie. Il note dans un cahier certaines découvertes qui pourraient aider les autres à faire cette expérience. Ces notes sont consignées dans Les Exercices Spirituels et on y trouve la confiance dans l’homme, l'éducation de la liberté, le respect des médiations, une prise au sérieux du monde comme lieu de la présence de Dieu.

La spiritualité ignatienne prépare les hommes et les femmes qui se veulent, par la grâce de Dieu, pleinement libres et disponibles. Parmi les grandes figures des jésuites : saint Ignace de Loyola (1491-1556), saint François Xavier (1506-1552).


L'ordre carmélite


La spiritualité carmélite renouvelle dans l’Ordre le sens de la prière et de la pauvreté. Parmi les grandes figures, on trouve sainte Thérèse d’Avila (1515-1582), saint Jean de la Croix (1542-1591) et sainte Thérèse de Lisieux ( 1873-1897). 


L'École française de spiritualité


La spiritualité de « l’École Française » correspond au renouveau de la vie chrétienne en France du 17ème siècle. Pierre de Bérulle (1575-1629) est à la source d’un puissant élan spirituel et missionnaire, baptisé à la fin du XIXe siècle « École Française de spiritualité », à laquelle participèrent saint Jean Eudes, saint Vincent de Paul (1581-1660) fondateur des prêtres de la Mission, Louise de Marillac (1591-1660) des Filles de la Charité, et Jean-Jacques OLIER (1608-1657) fondateur de la compagnie de Saint Sulpice. Il s’ensuit les courants de la spiritualité salésienne, la spiritualité missionnaire, la spiritualité foucauldienne, la spiritualité « au cœur des villes » avec Madeleine Delbrêl (1904-1964) et enfin la spiritualité conjugale guidée par les équipes Notre-Dame.