À l’occasion de la Journée mondiale du migrant et du réfugié, Le Jour du Seigneur part à la rencontre de celles qui ont fait le choix de rester en Ukraine, alors que les combats ravagent le pays. Frédéric Jacovlev donne la parole aux femmes qui agissent et résistent pour leur famille et pour leurs proches.


Résister, lutter, vivre malgré tout en Ukraine

Les Ukrainiens résistent tant bien que mal aux atrocités de la guerre qui a débuté le 24 février 2022. Si nombreuses sont les personnes qui ont fait le choix de s’exiler à l’étranger, d’autres, dont des femmes, ont décidé de rester sur place pour s’occuper de leurs enfants ou de leurs proches.

C'est le cas d’Olya, Anna, Natalya et Natalia. Pour ces femmes, le 24 février restera à tout jamais un moment clivant de leur histoire nationale, familiale et personnelle. Comment survivre à la guerre quand on est femme, épouse et mère ? Alors que les hommes sont mobilisés au front et défendent leur patrie, les femmes qui restent, elles, protègent leur famille et doivent gérer le quotidien dans un pays en guerre. Elles tentent, tant bien que mal, de garder espoir et de ne pas se résigner.

Ce documentaire rend ainsi hommage à celles qui résistent à l’arrière du front. À travers des témoignages bouleversants, ces femmes racontent le quotidien de la guerre, sa violence, les questionnements qu’elle suscite et la résilience nécessaire pour vivre, malgré tout.

Fuir la guerre

Natalya est originaire de Marioupol. Le 9 mars 2022, l’hôpital dans lequel elle travaille est bombardé et détruit. Puis, c'est au tour du théâtre et du centre-ville. Elle craint pour sa vie et part alors se réfugier à Lviv. Cette ville, située à 70 km de la frontière polonaise, semble épargnée des combats acharnés qui s’abattent sur le reste du pays. Pourtant, les sirènes retentissent chaque jour, rappelant que rien n’est aujourd'hui acquis pour l’Ukraine et ses habitants, et ses églises ne désemplissent pas des cercueils de soldats morts au combat.

Retrouver un chez-soi

À Irpin, de nombreux immeubles sont éventrés, soufflés par les bombes. Plus de 7000 familles ont perdu leur logement. Olya nous ouvre les portes de son ancien appartement, en partie détruit par la guerre. Quand son intérieur, son intimité, est arrachée, violée, comment reconstruire après ça ? Quand il faut faire le deuil de ses voisins et amis tués, comment garder espoir et avoir la force de rebondir ? La désolation d’Olya révèle l’état psychologique qu’engendre un pays en guerre ; il devient difficile de s’accrocher à la joie et à se projeter positivement dans l’avenir.

Protéger ses enfants

1500 soldats russes ont vécu pendant trois semaines en face de la maison de Natalia. Cette mère de famille a craint pour la vie de ses deux filles, Sacha et Anya, et les a cachées dans la cave de leur maison. Ce refuge minuscule a abrité, pendant 21 jours, la famille ainsi que la mère de Natalia et une voisine âgée.

Anna se souvient exactement du jour où l’Ukraine a été envahie par l’armée russe. C'était le jour de l’anniversaire de sa fille. Alors qu’elle s’apprêtait à célébrer les cinq ans de son enfant, entourée de ses amis et famille, Anna se rappelle l’effroi de l’annonce de la guerre. Pendant plusieurs jours, elle a caché ses enfants dans le sous-sol et réagit encore à la pensée de laisser ses enfants seuls si, par malheur, il leur arrivait quelque chose à son mari et elle. Le portrait d’Anna aborde les conséquences de la guerre sur la santé psychologique des jeunes enfants qui la traversent. En tant que mère, comment trouver les ressources pour donner, tout de même, une enfance normale à ses enfants dans un tel contexte ?

C'est aussi le cas de Svitlana, dont le fils de 12 ans est atteint de diabète de type 1. La guerre anéantit toute forme de normalité, plus rien ne sera jamais comme avant. Svitlana a dû se réfugier à Lviv pour assurer à son fils malade une sécurité car le bruit des bombardements engendrait une augmentation de son taux de sucre due au stress. Elle raconte son incompréhension de la situation, la difficulté à quitter les siens pour protéger la vie de son enfant, l’effroi des autres mères dont les enfants se battent pour l’indépendance de leur pays.

Garder la foi

Pour Anna et Natalia, la prière a représenté une ressource fondamentale pour continuer à tenir moralement. Cachés sous leur maison pendant plusieurs semaines, la prière a apporté douceur et réconfort aux membres de la famille.

Malgré l’effroi, la douleur, la tristesse, la peur, ces femmes luttent du mieux qu’elles peuvent pour survivre. Pas seulement physiquement mais aussi mentalement, car ce sont elles qui portent l’espoir d’une reconstruction d’un foyer normal, où chacun et chacune des Ukrainiens pourront se réfugier, se rétablir et rebâtir leur pays sur les ruines de la guerre.


Rappel des faits concernant la guerre en Ukraine


Le 24 février 2022, après plusieurs semaines à patienter à la frontière russo-ukrainienne, l’armée russe envahit l’Ukraine. Rompant avec plusieurs décennies de paix, la guerre s’abat à nouveau en Europe.

Depuis 2014, déjà, la Russie est en conflit avec l’État ukrainien et menace sa souveraineté. En effet, lorsque le président Ianoukovitch décide de ne pas signer l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne au profit d’un accord économique avec la Russie, de nombreuses manifestations, parfois violentes, éclatent à Kiev. À la suite de la révolution de Maïdan, le président démissionne et il est aussitôt remplacé par un gouvernement pro-européen. Considérant le nouveau gouvernement d’illégitime et craignant un rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN, la Russie envahit puis annexe la Crimée. Mais le conflit oppose également, au sein de la population ukrainienne, des groupes pro-russes de la majorité pro-européenne. Cela débouche sur la guerre du Donbass et aboutit à la reconnaissance, par la Russie, de l’indépendance et de la souveraineté des territoires séparatistes de cette région.

Le conflit russo-ukrainien prend une nouvelle ampleur début 2022 lorsque les troupes russes franchissent la frontière ukrainienne. La campagne militaire s’étend rapidement à de nombreuses zones du pays, poussant alors plusieurs millions d’Ukrainiens à prendre la fuite. Parmi elles, Marioupol est particulièrement touchée et devient rapidement l’emblème d’une ville qui, assiégée par les troupes russes, est à feu et à sang.